La Banque d’Angleterre (BoE pour Bank of England) est avec la Banque de Suède l’une des plus anciennes banques centrales au monde. Retour sur la création de cette institution qui a peu à peu reçu les différents attributs des banques centrales modernes, à savoir la gestion de la politique monétaire et l’émission de monnaie.

La naissance de la Banque d’Angleterre

Entre 1688 et 1697, une guerre oppose la France de Louis XIV au Royaume-Uni. Lorsque le gouvernement britannique de Guillaume III vote la mise en place d’une nouvelle armée en décembre 1693, il retient pour la financer le projet de William Paterson, celui d’un grand emprunt public.

Signée le 25 avril 1694 la « Bank of England Charter » prévoit la perception par le gouvernement de droits sur le tonnage des navires et des liqueurs en vue de récompenser les prêteurs qui acceptent de verser 1,2 millions de livres au sein de la société « The Governor and Company of the Bank of England », future Banque d’Angleterre.

Cette société reverse le montant total collecté au gouvernement et reçoit en échange un intérêt. Elle devient ainsi le banquier du gouvernement et le gestionnaire de sa dette. Son caractère privé lui assure une grande confiance de la part des particuliers ce qui lui permet de développer des activités d’escompte et d&rsquo émission de monnaie. Ce n’est cependant qu’en 1844 et à la suite du « Bank Charter Act » que la Banque d’Angleterre reçoit le monopole d’émission de billets en Angleterre et au pays de Galles.

Jusqu’à la première guerre mondiale, la Banque d’Angleterre domine le système mondial de l’étalon-or. Mais au lendemain de la guerre, cette hégémonie recule peu à peu au profit des États-Unis jusqu’à ce que la seconde guerre mondiale entraîne sa nationalisation en 1946. Elle ne retrouve son indépendance qu’en 1997, date depuis laquelle elle est libre de fixer son taux d’intérêt directeur indépendamment du gouvernement. Ce taux d’intérêt directeur est décidé par le Monetary Policy Committee dont les neuf membres se réunissent huit fois par an. Dans un objectif de transparence maximale, la Banque d’Angleterre publie le vote individuel des membres ainsi que des minutes, comptes rendus relatifs au déroulement des discussions.

Les missions et le fonctionnement de la Banque d’Angleterre

Afin d’assurer sa mission de contribution à la stabilité globale du système financier, la Banque d’Angleterre dispose d’un mandat hiérarchique. Elle doit tout d’abord se concentrer sur la stabilité des prix. Si elle y parvient, elle peut ensuite soutenir la politique économique en favorisant la croissance et l’emploi.

Pour atteindre son objectif de stabilité des prix la Banque d’Angleterre suit une stratégie de ciblage de l’inflation. Équivalent du ministre des finances français, le chancelier de l’Échiquier définit en effet un objectif annuel d’inflation de 2%. Définie explicitement, cette cible caractérise à la fois la grande transparence dont la Banque d’Angleterre fait preuve mais aussi son indépendance relative vis-à-vis du gouvernement. De plus, bien qu’elle ne fasse pas partie de la zone euro, la Banque d’Angleterre doit, en tant que membre du Système Européen des Banques Centrales (SEBC), participe au maintien de la stabilité des prix au sein de l’Union européenne.

Le rôle de la Banque d’Angleterre s’avère crucial dans le contexte actuel du Brexit. L’institution a ainsi proposé de dispenser les banques d’investissement européennes de créer des filiales au Royaume-Uni pour pouvoir continuer à exercer leur activité. Ce lourd processus pourrait en effet faire fuir de nombreuses banques et occasionner d’importantes pertes fiscales.