Le carré magique de Kaldor, l’impossible idéal économique

Au XXème siècle, l’économiste postkeynésien d’origine britannique Nicholas Kaldor développe la théorie économique du carré magique.

Qu’est-ce que le carré magique de Kaldor ?

Le carré magique de Kaldor est un outil d’analyse et de pilotage de la politique économique d’un État. Chacune de ses quatre composantes est une donnée fondamentale représentative de la santé économique du pays. Cette figure géométrique offre ainsi un aperçu clair, visuel et complet de sa situation structurelle et conjoncturelle d’une zone économique.

Les quatre angles d’une politique économique parfaite

Pour tracer ce carré magique, il s’agit de prendre en compte quatre facteurs essentiels. Ces quatre facteurs représentent chacun un pan de la macroéconomie et ont leur propre unité de mesure. Ils s’étendent sur un graphique dans quatre directions opposées suivant l’axe des abscisses et l’axe des ordonnées.

La croissance économique

En positif sur l’axe des ordonnées, se trouve la croissance économique. Elle représente la variation positive de production de biens et de services sur une période donnée et s’exprime en pourcentage du PIB (produit intérieur brut).

La stabilité des prix

De l’autre côté, en négatif sur l’axe des ordonnées, se trouve la stabilité des prix exprimée par le taux d’inflation. Ce dernier s’étend ici par convention entre 0% (valeur jugée idéale) et 10% (affaiblissement significatif du pouvoir d’achat).

L’équilibre extérieur de la balance commerciale

Le solde commercial apparaît en positif sur l’axe des abscisses. C’est le résultat du commerce extérieur (soit la différence entre les exportations et les importations). Plus cet équilibre est positif, plus la valeur monétaire des exportations est élevée - ce qui représente l’idéal du carré magique de Kaldor.

Le plein emploi des facteurs de production

Enfin, le dernier paramètre à prendre en compte est le taux de chômage. Plus celui-ci tend vers zéro, plus on s’approche de l’idéal kaldorien. Sa valeur critique, placée au centre du graphique, étant ici estimée à 15%.

Même si certaines valeurs choisies pour exprimer et jauger ces quatre variables peuvent sembler arbitraires, l’apport que représente cette théorie économique est tout autre. Bien que ce « carré magique » ne soit peut-être pas toujours parfaitement tracé, il propose néanmoins une valeur de référence (tout en restant un idéal macroéconomique impossible à atteindre).

Un carré condamné à rester quadrilatère

Si un tel carré est qualifié de « magique », ça n’est pas pour le rendre plus attrayant. Il est nommé ainsi car il représente bel et bien un idéal économique inatteignable. Chacune des quatre variables qui le composent sont en fait toutes interconnectées. Certaines de ces relations entre variables sont positives (comme les trois premiers points ci-dessous), mais d’autres sont en revanche contradictoires (comme les trois derniers points ci-dessous).

Croissance et plein emploi

Une croissance forte implique une consommation en expansion. Des moyens de plus en plus lourds sont donc nécessaires pour assurer une production à la hauteur de la demande. Parmi ces moyens se trouve évidemment la main d’œuvre. La croissance est donc indirectement liée au plein emploi.

Commerce extérieur et croissance

L’exportation de marchandises induit des entrées de devises. Celles-ci viennent alimenter les entreprises, qui voient leurs capacités de production s’améliorer. Il y a donc une production de richesse qui vient relancer la croissance grâce au commerce extérieur.

Pouvoir d’achat et exportation

Le pouvoir d’achat peut être renforcé par la prise de valeur de la devise, ou bien par une pression baissière sur les prix. Dans cette seconde situation, les marchandises sont financièrement plus accessibles et donc plus faciles à exporter. La balance commerciale s’améliore.

Au regard de ces trois premières relations, tout porterait à croire que de bons résultats dans un seul pan de l’économie feraient boule de neige. Et pourtant, face à cette logique viennent s’opposer les trois paradoxes suivants (ceux-ci justifient à eux seuls de l’impossibilité pour un État d’atteindre le carré magique de Kaldor).

Plein emploi et inflation

En situation de plein emploi, la masse salariale pèse trop lourd pour les entreprises les plus fragiles. Dans une telle situation, les prix augmentent sur le marché afin de compenser ces charges difficilement gérables. Une situation économiquement positive de plein emploi déclenche ainsi un phénomène d’inflation.

Croissance et inflation

Tout aussi naturellement, lorsque la croissance d’un État est forte, le pouvoir d’achat de la population grimpe en flèche. Cela représente donc une opportunité de bénéfices plus importants pour l’offre, qui peut alors faire grimper ses prix, abaissant du même coup la valeur relative de la monnaie sur le marché de la demande. La croissance est alors à l’origine d’une perte de valeur de la devise.

Croissance et importation

La demande est toujours plus importante et exigeante pendant une période de forte croissance. Pour y répondre, les producteurs de biens et de services s’approvisionnent en marchandises, en services, et en technologies nouvelles. Sans cela, il leur est en effet impossible de se démarquer de la concurrence sur le marché. Ce phénomène relance l’importation, contrebalançant ainsi avec les exportations. L’équilibre extérieur de la balance commerciale s’affaisse.

En y prêtant davantage attention, il est aisé de comprendre que plusieurs flux circulent entre chacun des quatre facteurs de développement économique. Si certains d’entre eux se renforcent et déclenchent une spirale vertueuse pour l’État, d’autres au contraire se nuisent l’un l’autre. C’est ce second cas qui permet d’affirmer que le carré magique de Kaldor reste un objectif inspirant certes, mais inatteignable.

Face à l’impossibilité de développer tous les pans de leur économie simultanément, les États se doivent de faire des compromis. Ces choix se font selon les priorités qui sont déterminées, concernant des problématiques parfois structurelles, parfois conjoncturelles. Quoi qu’il en soit, une bonne compréhension des interactions entre chaque variable économique reste fondamentale pour mettre à profit toute la puissance du carré magique de Kaldor.

 

 

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