Faute de convictions, les marchés actions poursuivent leur mouvement de consolidation. En Europe, les principaux indices ont calé depuis trois séances, un ralentissement prévisible après des prises de bénéfices (flirtant avec les 4 420 points, l’indice parisien s’est traité lundi dernier à des niveaux inédits depuis août 2008). Mais la perspective de plus-values par ces arbitrages ne suffit pas à expliquer le coup de frein des actions. Le regain d’incertitudes quant à la stabilisation de la situation politique en Ukraine ou l’orientation des indicateurs macroéconomiques américains pèse sur les places boursières et incitent les intervenants du marché à protéger leur portefeuille. L’épisode ukrainien soutient la volatilité des marchés En Europe de l’Est, les derniers évènements politiques suscitent un net regain de volatilité sur les actions. Avec la tentative de prise armée du Parlement de la République autonome de Crimée, par des groupes pro-russes, on observe un durcissement du dialogue entre la Russie et le Président provisoire ukrainien, Olexandre Tourtchinov. Malgré la perspective d’une sortie de crise par la constitution d’un gouvernement d’unité nationale, les incertitudes politiques et leurs conséquences géopolitiques sont de nature à déstabiliser, par contagion, la situation économique et les marchés boursiers d’autres pays émergents de la région. Etats-Unis : Janet Yellen attend davantage de signaux de la part de l’ensemble des composantes économiques Sur le plan macroéconomique, les derniers chiffres sur l’emploi américain sont ressortis en dégradation, avec une hausse inattendue des inscriptions hebdomadaires au chômage au cours de la semaine du 22 février (14 000 inscriptions supplémentaires, à 348 000). Cette publication mitigée fait suite à celle, quelques jours plus tôt, d’un indice PMI markit manufacturier en baisse. A 52,7, l’indice a perdu quatre points sur une semaine, un reflux accordé par les observateurs aux mauvaises conditions climatiques aux Etats-Unis. Le ralentissement récent de l’expansion des indicateurs conjoncturels américains a été appréhendé avec précaution par Janet Yellen, la patronne de la Réserve Fédérale américaine, dont le discours au Sénat U.S. était aujourd’hui attentivement suivi par les investisseurs boursiers. La responsable de la FED a notamment indiqué qu’il était difficile d’évaluer l’impact véritable des conditions climatiques sur la moins bonne orientation des indicateurs. Janet Yellen a surtout apporté quelques indications de premier plan sur le tapering de la Réserve Fédérale, insistant sur le fait que le seul objectif d’un taux de chômage plus faible ne pouvait constituer à lui seul un indicateur suffisant pour évaluer la bonne santé économique des Etats-Unis. Autrement dit, il faudra davantage de signaux de la part de l’ensemble des composantes de l’économie pour que la FED passe d’une réduction progressive de son programme d’achats d’actifs à une hausse de ses taux directeurs. Sentiment « vendeur » sur les principaux indices actions Le coup de frein des marchés se traduit assez logiquement par une orientation majoritairement vendeuse sur les différents indices actions. Selon le « Sentiment Clients », baromètre du sentiment des clients de CMC Markets (plus de 45.000 dans le monde) et établi quotidiennement à partir de leurs positions réelles, les flux sont significativement vendeurs sur les indices Cac 40 (vendeurs à 78%) et Dow Jones (à 63%). Ce dernier fait d’ailleurs l’objet d’un net changement de tendance, puisque le sentiment était globalement acheteur la semaine dernière (à 55%). A contrario, le sentiment redevient optimiste sur le Dax allemand (courant acheteur à 51%), tandis que le Japan 225 suscite toujours autant d’appétit chez les investisseurs (acheteurs à plus de 75%). Concernant les autres classes d’actifs, les investisseurs demeurent optimistes sur l’or (à l’achat à 66%), dont l’attrait est dopé par le regain de volatilité des marchés boursiers en ce début d’année, mais aussi sur le pétrole Brent pour lequel on observe un repositionnement à l’achat spectaculaire (à 65%, contre des positions vendeuses à 60% la semaine dernière). Ce mouvement favorable au baril d’or noir originaire de Mer du Nord fait figure d’ajustement, après la correction probablement excessive des cours ces derniers jours (-1,4% depuis le 19 février pour le Brent, -0,92% pour le WTI, en raison notamment d’anticipations baissières sur la demande énergétique en fioul de chauffage aux Etats-Unis). Enfin, les devises sont toujours très jouées dans un environnement où les différentes banques centrales restent résolument actives. Le renchérissement programmé du dollar, orchestré par la FED et le resserrement progressif de ses conditions monétaires, reste le scénario privilégié par les cambistes. Cette perspective justifie aujourd’hui des positions exclusivement vendeuses sur les paires EUR/USD (à 85%) et GBP/USD (à 83%). Par Judith Danan, Head of Sales Trading de CMC Markets France