Jeudi noir pour l’ensemble des marchés boursiers, qui concèdent encore de nettes pertes. Sur les cinq dernières séances l’indice Eurostoxx50 a chuté de près de 7%. Ce décrochage s’inscrit dans un contexte de nervosité, les investisseurs redoutant non seulement l’enlisement de la reprise économique en zone euro mais aussi l’assombrissement des perspectives macroéconomiques à l’échelle globale. Les marchés financiers évoluent aujourd’hui à l’unisson, décrochant plus ou moins violemment en cours de séance : -2,20% pour le CAC40, -3,25% pour l’Ibex 35, -1,46% pour le Dax, -2,22% (à la clôture) pour le Nikkei 225 ou encore -0,72% (à la clôture) pour le SSE chinois. Dans la continuité du mouvement correctif des dernières semaines, les indices européens subissent des retraits de capitaux de la part d’investisseurs averses au risque (le taux à 10 ans du Bund allemand, actif refuge par excellence, s’est replié à un niveau historiquement bas de 0,72%). Depuis quelques semaines, la situation économique en zone euro préoccupe les investisseurs qui doutent de plus en plus d’un scénario de sortie de crise durable. Les récentes publications macroéconomiques démontrent que les pressions haussières sur les prix sont quasi nulles en Europe : selon les derniers chiffres d’Eurostat, l’inflation a ralenti en septembre dans la zone, pour s’établir à un niveau de 0,3% (contre 0,4% le mois précédent), soit le taux le plus faible depuis cinq ans. Dans ce contexte, anticipant une pression baissière sur les salaires, l’ensemble des agents économiques européens reportent leurs dépenses d’achats et leurs investissements, entretenant une dynamique négative pour la croissance de l’économie. Sans grande visibilité, le reflexe des épargnants est donc de sécuriser leurs capitaux plutôt que de les déployer, ce qui impacte la demande et encourage de facto la poursuite d’une tendance à la désinflation. La situation à l’échelle du Vieux Continent est très hétérogène, la plupart des pays se situant dans un cycle de désinflation (c’est le cas de la France), d’autres étant techniquement en déflation, comme la Grèce, dont l’inflation est en territoire négatif depuis plus d’un an, ou encore l’Espagne et l’Italie. Ces difficultés ont été commentées par Angela Merkel, qui, lors d’un discours au Bundestag allemand ce matin, a estimé que la « crise de la zone euro n’était pas encore surmontée ». La chancelière incite les pays européens à réduire leur déficit budgétaire et à respecter le pacte de stabilité, pointant du doigt implicitement la France, qui demande plus de flexibilité et de temps à Bruxelles pour assainir ses finances publiques. La correction boursière correspond aussi à une purge des excès de valorisation ! Si la correction actuelle des marchés résulte d’anticipations économiques dégradées, elle est aussi probablement la conséquence d’excès de valorisation sur certains segments de marché, après plusieurs années de progression. Les liquidités déversées par les banques centrales sur les marchés, au cours des dernières années, a pu favoriser des poches de survalorisation. Nous l’avons constaté avec la progression boursière de 2013, qui en Europe notamment, s’est caractérisée par une hausse des P/E sans rebond des résultats d’entreprises. Nous assistons donc aujourd’hui à une forme de réajustement de « pricing » des marchés actions, prenant en compte la réalité des perspectives économiques et des anticipations de croissance bénéficiaires des entreprises, dont nous pouvons attendre de nouvelles révisions baissières. Ce mouvement correctif significatif correspond, pour partie, à un assainissement des cours de bourse. Cela peut ouvrir la voie à des achats à bon compte pour les investisseurs, dans les séances à venir. Selon le « Sentiment Clients », le baromètre du sentiment des clients de CMC Markets (plus de 45.000 dans le monde, établi quotidiennement à partir de leurs positions réelles), les tradeurs restent globalement « acheteurs » sur les indices CAC 40 (à 94%), Ibex 35 (à 88%), Dax (à 78%), capitalisant sur des niveaux d’entrée attractifs après la baisse des dernières semaines. En revanche, ils sont « vendeurs » sur l’indice S&P 500 (56%). Sur les marchés des matières premières, l’or continue d’être recherché (courant acheteur à 75%), comme l’argent (à 94%). Les investisseurs sont aussi « acheteurs » sur le baril de pétrole brut WTI et Brent (à plus de 75% dans les deux cas). Enfin, sur le Forex, les positions de trading sont essentiellement vendeuses sur l’EUR/USD (à 82%). Par Judith Danan, Head of Sales Trading de CMC Markets France Ce commentaire présente un caractère purement informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’achat ou de vente d’instruments financiers.