45 000 milliards de dollars dans le monde, dont 8 000 rien qu’en Chine, en dépit de son volume, le Shadow Banking reste un phénomène méconnu. Découvrons ensemble cette finance de l’ombre et son emblématique cas chinois.

Le Shadow Banking, un système bancaire parallèle

Le Shadow Banking est une activité d’intermédiation de crédit mise en place en dehors du système bancaire traditionnel. Banques d’affaires, agences de notation, fonds d’investissement, ses acteurs sont divers et échappent à la régulation bancaire.

Lorsque les banques classiques transforment leurs dépôts bancaires en crédits, ces dernières doivent limiter les risques de défaut de leurs prêts et multiplier les garanties. Loin de ces contraintes, les acteurs du Shadow Banking échappent à ces contraintes lorsqu’ils collectent des fonds pour les investir directement en crédit. Ils permettent ainsi de financer des activités à risques en échange d’un fort taux d’intérêt.

Une activité risquée et source d’instabilité

Le Shadow Banking participe au financement de l’économie. Son offre de crédit encourage la consommation et pousse la croissance, mais les acteurs du Shadow Banking ne bénéficient pas des garanties de stabilité bancaire. Les dépôts des investisseurs ne sont pas garantis comme pour une banque classique, et en cas de perte sur leurs investissements, aucune indemnité n’est prévue Par ailleurs, en cas de faillite, les acteurs du Shadow Banking ne sont pas refinancés par une banque centrale, ils sont donc vulnérables face aux crises.

Le Shadow Banking est surtout risqué du fait des interconnexions entre les acteurs des mondes financier et bancaire. En cas de crise, il existe un véritable risque de contagion entre acteurs et vers l’économie réelle. Illustration la plus parlante, la crise des subprimes de 2007 aux États-Unis a ainsi donné naissance à la crise financière mondiale de 2008.

Zoom sur le cas chinois

Si le Shadow Banking chinois pointe « seulement » au quatrième rang mondial de par sa taille, il croît à une vitesse phénoménale et s’accompagne d’une omniprésence de l’État dans l’économie.

En Chine, l’État a longtemps dirigé les banques traditionnelles auxquelles il applique une régulation sévère, et la rentabilité des investissements bancaires classiques est souvent faible. Par ailleurs, les banques privilégient le crédit aux entreprises dirigées par l’État pour limiter leur exposition au risque. Les autres entreprises ou collectivités locales se tournent alors vers le Shadow Banking pour se financer.

Soutenu par l’État chinois, le Shadow Banking est devenu une source majeure de financement de l’économie et un levier de la croissance. Il maintient aujourd’hui le niveau des investissements, notamment dans l’immobilier en absorbant une partie de l’abondante épargne chinoise.

Bien sûr, le système bancaire traditionnel possède normalement un avantage de stabilité par rapport au Shadow Banking, mais jusqu’en 2015, il n’existait pas de garantie de dépôt en Chine. De manière implicite, l’État joue donc le rôle de garant, et il ne laisserait jamais les banques faillir, y compris celles de l’ombre. Cette garantie diffuse de l’État est un paradoxe du Shadow Banking chinois : les placements peuvent être à la fois peu risqués et très rentables.

Aujourd’hui la Chine reste partagée entre la tentation de réguler son Shadow Banking et celle de le développer, pour soutenir sa croissance. Pourtant, il lui faudra bien tôt ou tard trancher le nœud gordien...