L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC, ou WTO pour World Trade Organization) est une organisation internationale chargée de la régulation des échanges commerciaux internationaux. Elle veille au libre-échange mondial depuis 1995, mais son histoire commence pourtant dès la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Du GATT à l’OMC, 48 ans d’histoire

Le projet d’une organisation internationale destinée à réglementer les échanges mondiaux émerge à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les analystes de l’époque sont alors intimement convaincus que les mesures protectionnistes prisent à la suite de la crise de 1929 sont l’une des causes de la guerre de 1939-1945. Garantir l’indépendance économique des États grâce à la mise en place d’une institution internationale doit éloigner le risque de guerre économique et garantir la paix.  

Dès 1947, 23 pays ratifient le General Agreement on Tariffs and Trade (GATT, ou Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce). Cette nouvelle institution est temporairement chargée de garantir la liberté des échanges commerciaux par l'abaissement des droits de douane et la réduction des restrictions. 48 ans plus tard, victime de son succès, le GATT (pourtant conçu comme une organisation temporaire) compte 128 pays signataires.

À la suite de l’accord de Marrakech en 1995, le GATT se trouve un nouveau nom et devient une institution pérenne : l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Le siège de l’organisation est implanté à Genève. Aujourd’hui, l’agence est dirigée par Roberto Azevêdo et compte 164 pays membres, soit plus de 90% des flux commerciaux mondiaux.

Bien que les financements de l’OMC soient apportés principalement par les pays du G8 à hauteur de plus de 50% du budget annuel, les 164 pays membres ne possèdent tous qu’une seule et unique voix, indépendamment de leur force commerciale, politique ou financière. Les attributions de l’OMC dépassent légèrement celles du GATT puisqu’elles visent à faciliter et à réguler le commerce entre les pays. L’OMC joue le rôle de partenaire, de régulateur et d’arbitre des conflits.

Particulièrement médiatisée à l’occasion des arbitrages de conflits commerciaux réalisés par son instance de régulation, l’institution était intervenue à l’occasion de l’affaire du « Bœuf aux hormones » opposant l’Europe aux États-Unis. Dans cet affrontement, l’Union Européenne refusait l’import du « Bœuf aux hormones » américain. L’OMC avait finalement tranché en faveur des États-Unis, autorisés en guise de compensation à taxer certains produits européens.

Moins médiatique, et par conséquent moins visible aux yeux du grand public, le principal succès de l’OMC reste la diminution des droits de douane passés de 40% en moyenne en 1945 à 2% aujourd’hui. L’OMC veille tout particulièrement à l’application de la « clause du plus favorisé ». Si un pays accorde des privilèges commerciaux à un État, il doit accorder le même droit à tous les autres pays membres de l’OMC ; sont exemptés de cette clause les zones de libre-échange telles que l’Union Européenne, l’ASEAN ou encore l’ALENA.

Comprendre la vague protectionniste déclenchée par Donald Trump

Impossible sur ces derniers jours de passer à côté de la nouvelle du moment : le président américain Donald Trump se lance dans une offensive protectionniste et impose une taxe de 25% sur les importations d'acier et de 10% sur celles d’aluminium. Cible principale, la Chine est accusée de « vol de propriété intellectuelle » par le président américain. Les soutiens massifs apportés par les fonds publics chinois à l’industrie sidérurgique sont désignés comme les responsables de la ruine de l’industrie métallurgique américaine.

Vous l’aurez compris, le plan de Donald Trump est contraire à tous les principes de l’OMC. Mais comment l’organisation Suisse pourrait-elle réellement s’opposer aux désirs du président américain ?  De facto, elle ne le peut pas vraiment, à moins que ses pays membres votent de concert et fassent appliquer des mesures à l’encontre des États-Unis, ce dont l&rsquo administration Trump semble se prémunir en épargnant l’Europe.

Mais en géopolitique comme ailleurs, la meilleure défense reste l’attaque. Washington a donc saisi l’OMC et déposé une plainte pour non-respect de la propriété intellectuelle contre la Chine. Le but de la manœuvre serait-il d’obtenir le feu vert de l’OMC pour taxer les importations chinoises et compenser les pertes américaines ?

Quoi qu’il en soit l’économie mondiale a déjà commencé à réagir, et les grands indices boursiers ne cessent de se retourner à chaque annonce du gouvernement Trump ou de ses nombreux opposants. Le directeur de l'OMC, Roberto Azevêdo, n’a d’ailleurs pas hésité à partager ses craintes publiquement en évoquant une « mise en péril de l'économie mondiale ». Un contexte tendu auquel s’ajoute l‘incertitude générée par la remontée des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine confirmée par Jerome Powell.