Par Michael Hewson et Colin Cieszynski, analystes pour CMC Londres et Toronto 8 septembre 2015: Alors que nous célébrons au Royaume-Uni le monarque à la plus grande longévité, Michael Hewson et Colin Cieszynski se sont intéressés au rôle et à l’impact qu’une famille royale peut avoir sur la performance du marché actions de son pays. Dans ce rapport Michael et Colin abordent: • Le rôle et la popularité de la monarchique britannique • La performance du marché actions des autres pays européens ayant une monarchie • Comment les monarchies et non-monarchies ont performé dans et hors de la zone Euro • Comment le marché actions à Hong Kong a performé depuis la rétrocession et l’arrêt de la monarchie Cette semaine, la reine Elisabeth II va devenir le monarque au règne le plus long au Royaume-Uni et ainsi dépasser la reine Victoria. Le rôle de la monarchie a toujours eu tendance à diviser l’opinion, surtout à une époque où les budgets sont compressés, mais assurément de par son histoire, la monarchie britannique est en général citée comme une des raisons expliquant l’attractivité de Londres auprès de tant de visiteurs étrangers. La monarchie fait partie intégrante de la riche histoire britannique ainsi que de la stabilité politique d’un pays qui attire tant d’investisseurs. Alors qu’elle a enduré des moments difficiles ces dernières années, sa popularité continue d’être un des facteurs tenaces de l’histoire britannique, ceci étant largement dû au respect témoigné à la reine Elisabeth II dans son pays.Il est par ailleurs peu concevable que certains préfèrent le type de hiérarchie étatique qui prévaut par exemple en France avec un Président Hollande si peu populaire. La reine Elisabeth II, et les monarques en général, ont tendance à être plus populaires que les responsables politiques, bien que ce sentiment ait été testé récemment en Espagne où le roi Juan Carlos a abdiqué pour son fils suite à la controverse provoquée par un safari au Botswana concomitant avec une sévère crise financière dans son pays. L’ascension du parti d’extrême gauche et anti-austérité Podemos ces dernières années témoigne du retour dans nombre de meetings politiques du républicanisme en Espagne, ce qui pourrait amener ce dernier vers davantage de soutien si les conditions économiques du pays ne s’améliorent pas de façon significative à l’avenir.Il est aussi à noter que, comparées aux républiques, les monarchies semblent mieux performer quand on s’intéresse aux marchés actions. L’événement clé de cette semaine dans l’histoire britannique pose aussi la question de savoir si nous reverrons ce genre de longévité pour un monarque à l’avenir. Les citoyens pourraient de plus en plus remettre en question la pertinence des monarchies à une époque où les budgets sont sous pression, les dépenses sociales continuent d’augmenter, et les gouvernements essaient de contrer les mauvaises données démographiques ainsi que les coûts croissants. A travers l’Europe on retrouve toujours aujourd’hui des monarchies constitutionnelles dans lesquelles le monarque n’a pas d’influence sur la politique mise en place. Généralement les citoyens semblent préférer les fastes et la grandeur de la monarchie au détriment de la république dans laquelle le chef d’Etat, impliqué dans les controverses et zones d’ombre de la politique au quotidien, jouit en général d’une popularité bien moindre. Les autres monarchies en Europe se situent en Belgique, au Danemark, aux Pays-Bas, en Norvège, en Espagne et en Suède. Si on compare les marchés actions des monarchies depuis 1990 une indication intéressante ressort : les retardataires s’avèrent être la Belgique, l’Espagne et les Pays-Bas, tous les trois des pays en lutte pour se sortir de l’étreinte de la crise financière en Europe, mais aussi par coïncidence trois membres de la zone Euro. Les marchés actions performant le mieux ont été le FTSE250 ainsi que les indices suédois et norvégien, avec la plus grande part de la surperformance provenant de la période qui a suivi l’année 2000. Alors que le FTSE250 a surperformé dans les 15 dernières années, la performance du FTSE100 laisse quant à elle à désirer. Mais étant donné sa dépendance plutôt élevée aux matières premières et aux actions des banques, il a été le plus touché par la crise financière de 2008 et la vente massive qui a suivi. Cet indice est considéré comme ne représentant pas fidèlement l’économie britannique. Les indices norvégien et suédois ont aussi bien performé dans les années qui ont suivi l’an 2000. Leur performance avec celle du FTSE250 suggère que les économies ont tendance à mieux se comporter quand les décideurs ont le contrôle de leur monnaie et sont ainsi plus à même de faire face à tout choc fiscal touchant leurs systèmes financiers. Comparaison entre les monarchies et non-monarchies dans et hors de la zone Euro. L’observation de ces résultats selon les pays met également en lumière des différences entre monarchies et non-monarchies: Iles britanniques: la comparaison entre le Royaume Uni et l’Irlande (monarchie hors zone Euro contre république zone Euro) montre que l’Irlande a surperformé en rendement total mais en étant plus volatile, donc c’est le Royaume Uni qui a surperformé en prenant en compte le risque. Cependant, si vous prenez le FTSE250, alors c’est le Royaume Uni qui devance l’Irlande. Scandinavie: la comparaison entre la Finlande (république zone Euro) et la Norvège, la Suède et le Danemark (monarchie hors zone Euro) montre que même si la Finlande est proche du haut de tableau sur le gain moyen, elle est loin à la traîne derrière les trois autres pays (tous trois similaires) si on ajuste sa performance au risque. Pays méditerranéens: l’Espagne, une monarchie, a largement surperformé ses républiques voisines de l’Eurozone que sont le Portugal, l’Italie et la Grèce sur à la fois le gain moyen et le gain ajusté du risque. Pays au centre de la zone Euro: les Pays-Bas et la Belgique, deux monarchies, ont surperformé contre la France républicaine mais sont devancées par l’Allemagne. Cette étude montre à quel point le « projet Euro » a profité à cette dernière comparativement à ses partenaires. En dehors de l’Europe: le camp des non-monarchies arrive en tête avec les Etats-Unis de loin les premiers en prenant les gains ajustés du risque. Les monarchies ont quant à elles été pénalisées par les piètres performances du Japon. Le Canada et l’Australie, deux monarchies, ont observé des gains modérés mais aussi un risque modéré et ont ainsi des performances parmi les meilleures sur une base risque ajusté, similaires à l’Allemagne et à la Suisse. Pays anglophones: les quatre pays ayant l’écart-type le plus bas (volatilité et risque) sont tous anglophones (Etats-Unis, Royaume-Uni, Canada et Australie) et le pays anglophone ayant le risque le plus élevé est l’Irlande, seul pays anglophone membre de la zone Euro. Hong Kong: un cas pertinent Etant passé du statut de monarchie à une non-monarchie, Hong Kong est un exemple intéressant. Le tableau ci-dessus montre qu’en dépit du fait que les gens ont quitté Hong Kong de par les craintes engendrées par la rétrocession, l’indice Hang Seng a eu de fait le vent en poupe sur les 10 années qui ont précédé celle-ci en 1997. Par contre, sur les 18 années qui ont suivi, et malgré le boom économique en Chine populaire, le Hang Seng a souffert. Le marché de Hong Kong a donc mieux performé sous le régime monarchique. Mais notons que ce constat peut également provenir davantage du fait que le territoire a bénéficié d’une stabilité politique plus importante avant 1997. Conclusion: Dans l’ensemble (à l’exception des Etats-Unis, de la Suisse et du Japon) cette étude montre qu’en général les marchés actions dans les pays ayant une monarchie ont surperformé ceux des pays qui ne sont pas des monarchies après ajustement de la volatilité, et ce particulièrement en Europe. Concernant cette dernière, à l’exception de l’Allemagne, les pays hors zone Euro ont surperformé ceux se trouvant dans le bloc monétaire. Ces données suggèrent que la stabilité d’une monarchie constitutionnelle associée au fait de ne pas être lié à la politique fiscale et monétaire restrictive de la zone Euro sont des éléments bénéfiques aux marchés actions sur le long terme. Clients et lecteurs, n’hésitez pas à nous faire des retours sur les analyses publiées, directement sur gestionclients@cmcmarkets.fr