Après de nombreuses semaines de dépréciation face à la monnaie unique, le sacro-saint dollar américain est en train de remonter la pente. En quelques séances seulement, le billet vert a regagné la confiance des cambistes, soutenu non seulement par le jeu des politiques monétaires des banques centrales, de part et d’autre de l’Atlantique, mais aussi par un effet « refuge » retrouvé. Vers un rally sur le dollar U.S. ? Cela semble en bonne voie, à en croire la trajectoire récente de la parité EUR/USD. En effet, après avoir atteint 1.38 USD, l’euro est en train de céder du terrain face à la monnaie américaine, dont le niveau redevient un peu plus en adéquation avec les réalités économiques respectives des deux zones monétaires, Etats-Unis d’un côté, Europe de l’autre. La devise américaine vient de s’apprécier de 1.4% (en 5 séances), résultat la parité EUR/USD s’établit désormais à 1.36 et les cambistes avancent un objectif crédible de 1.33 d’ici quelques jours. Comment expliquer ce net regain de valeur en faveur du dollar ? Premièrement, le manque de visibilité budgétaire aux États-Unis, qui pesait sur son cours aux mois de septembre et d’octobre a été partiellement comblé grâce au relèvement temporaire du plafond de la dette U.S., ce qui a mis fin à la désastreuse situation de Shutdown. En s’accordant une rallonge de refinancement, via le report des débats sur la question budgétaire au début de l’année prochaine, les dirigeants américains ont contribué à rassurer les investisseurs. Écarté à moyen terme, le risque de défaut de paiement américain n’est plus une menace pour la crédibilité du billet vert. Parallèlement, le dollar a aussi renoué avec la dimension refuge dont il jouit habituellement aux yeux des investisseurs. Alors que les indices boursiers américains sont au plus haut, mais que les résultats d’entreprises sont, pour une bonne part d’entre eux, relativement décevants par rapport aux anticipations, les arbitrages profitent à la devise U.S. Les investisseurs en actions ont favorisé des prises de bénéfices et certains d’entre eux réallouent une partie de leurs actifs en terrain protégé, pour se prémunir d’une hypothétique correction boursière due aux résultats trimestriels mitigés. Autre moteur d’appréciation, le jeu des politiques monétaires des banques centrales. Si la BCE et la FED semblent toutes deux disposées à conserver le cap de politiques très accommodantes, la première citée devrait passer à l’action très prochainement. En effet, forte du constat d’une reprise très progressive et d’un marché du crédit aux agents économiques privés encore léthargique en Europe, la BCE est semble-t-il prête à abaisser ses taux directeurs, d’ici la fin de l’année. Le taux d’inflation est tombé à 0.7% en zone euro en octobre, une première depuis quatre ans, tandis que le niveau du chômage est scotché à des niveaux historiquement hauts (12.2% pour la zone euro, plus de 26% pour l’Espagne !). Toujours attentive à contenir le taux d’inflation en deçà de 2%, la banque centrale dispose d’une plus grande marge de manœuvre pour assouplir encore davantage ses conditions monétaires, puisque le taux d’inflation est actuellement très éloigné du seuil à ne pas franchir. Avec pour enjeu primordial de donner un coup de pouce supplémentaire à l’économie européenne, dont la reprise demeure encore fragile. Déjà scrutées par les marchés, les intentions offensives de la BCE sont de nature à affaiblir le cours de la monnaie unique. Un dessein assumé par les dirigeants européens qui se réjouiront de voir leur monnaie à un cours plus réaliste, c’est-à-dire bien plus bas qu’il ne l’était ces derniers mois par rapport au billet vert. Car le regain de compétitivité exportatrice des pays européens en dépend. Fabrice Cousté, Directeur Général de CMC Markets France