Banque du Japon (BoJ), Réserve fédérale américaine (Fed), Banque centrale européenne (BCE)… Le bilan des politiques non conventionnelles menées par les grandes institutions monétaires reste décevant. Déterminées à relancer l’inflation et à soutenir la reprise, elles ne peuvent reculer mais le résultat est peu encourageant.

La semaine passée a été marquée par l’intervention remarquée de la BoJ et de la Fed. La banque centrale japonaise va prolonger sa politique accommodante pour tenter d’atteindre à tout prix son objectif d’inflation à 2%. Le taux d’intérêt négatif est maintenu à -0,1%. Elle a également annoncé qu’elle se fixerait désormais un objectif de taux d’intérêt à dix ans, s’engageant à le limiter autour de 0%. La BoJ veut agir directement sur la courbe des taux. À court terme, l’impact de l’intervention de la BoJ a été positif car elle donne le sentiment de tout essayer pour parvenir à son objectif. En annonçant un renforcement de ses achats d’actifs sur le marché, elle a soutenu provisoirement l’indice TOPIX davantage exposé que le Nikkei aux valeurs financières.

Cependant, l’effet a été de courte durée sur les marchés, en particulier sur le taux de change USD-JPY. Ce dernier a gagné 100 points à l’annonce de la nouvelle le 21 septembre dernier, avant d’en reperdre 200 en quelques heures. En janvier, quand la BoJ avait décidé de passer son taux directeur en territoire négatif, l’effet haussier s’était prolongé pendant 48 heures. Son action s’apparente à un coup d’épée dans l’eau. Depuis vingt ans, la BoJ a agi sur tous les fronts monétaires et budgétaires pour tenter d’endiguer une déflation endémique. Avec sa population vieillissante, le Japon a précédé les États-Unis et l’Europe dans l’utilisation de mesures non conventionnelles.

Fed : la hausse de décembre est actée
Mercredi, la réunion tant attendue de la Réserve Fédérale n’a révélé aucune surprise. Depuis la mi-2015, la Fed est entrée dans un cercle de resserrement monétaire mais à un rythme très léger. Janet Yellen est piégée par ses engagements mais la faiblesse de la croissance américaine (par rapport aux rythmes habituels) l’empêche de mener un resserrement digne de ce nom. Début 2016, le marché attendait au moins trois hausses de taux pour l’année. Au final, la Fed ne devrait relever son taux directeur qu’en décembre, exactement comme l’an dernier. Au vu des Fed Funds, la probabilité d’un relèvement en décembre ressort désormais à 64%. C’est le signe que le marché intègre cette hausse. Celle-ci est désormais actée. Une absence de relè vement des taux en décembre serait un signal inquiétant envoyé aux investisseurs, leur signifiant que les fondamentaux de l’économie américaine ne le permettent plus.

Quant à la BCE, elle se montre très active pour acheter des dettes d’entreprises dans le cadre de son plan CSPP. Le rythme surprend les observateurs. Un record a été battu récemment avec 2,6 milliards d’euros d’achats hebdomadaires de dettes d’entreprises. Selon François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France, la politique monétaire de la BCE est « efficace ». Il prévoit une inflation à 1,6% pour l’an prochain. De son côté, Sabine Lautenschläger, membre du Directoire de la BCE, estime qu’il faut se donner du temps avant de faire le bilan du programme de rachats d’actifs mis en place au premier trimestre 2015. Le constat reste en effet décevant : nous sommes en septembre 2016 et l’inflation ne repart pas, les marchés ne progressent plus et le marché obligataire est complètement déboussolé par l’intervention des banques centrales. La BCE préfère donc botter en touche en repoussant à plus tard le bilan de sa politique.

Par Nicolas Chéron, Stratégiste pour CMC Markets

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