Des paroles aux actes ! Après avoir, mois après mois, usé de messages symboliques pour garantir aux marchés son soutien en cas de nécessité, la Banque Centrale Européenne vient de passer la vitesse supérieure. Les marchés actions européens réagissent positivement. A l’occasion de la réunion mensuelle du Comité de politique monétaire de la banque centrale, Mario Draghi vient d’annoncer le déploiement de mesures non conventionnelles : opérations ciblées de refinancement à long terme des banques de la zone Euro (deux nouveaux plans de LTRO seront lancés en septembre et décembre, à hauteur de 400 milliards d’euros), préparation à l’acquisition ciblée, par la BCE, d’instruments de titrisation (ABS ou Asset-Backed Securities, des titres adossés à des actifs permettant notamment de transformer les créances des entreprises en titres). A cela s’ajoutent une baisse du taux directeur de 10 points de base, à 0,15%, et le passage à un taux de dépôt négatif. Ces décisions sont à la hauteur des attentes des investisseurs. Mario Draghi a choisi d’activer des leviers assez inédits en Europe, pour tenter de stimuler une économie au point mort (faible croissance du PIB, situation de désinflation assortie d’un euro trop fort, difficulté récurrente des petites entreprises à accéder au crédit et à réinvestir, pour gagner en compétitivité). « Pénaliser » les établissements bancaires via une surprime sur les dépôts - de nature à inciter les banques à prêter davantage plutôt que de « placer » prudemment leurs avoirs auprès de la BCE - est une première en zone euro. Mario Draghi espère ainsi faciliter le mécanisme de transmission des prêts à l’économie réelle. C’est aussi l’objectif affiché des 400 milliards de prêts injectés dans les banques, qui devront faire fructifier ces capitaux en concédant des crédits aux entreprises, quitte à s’exposer à un peu plus de risque. Bien qu’anticipées par les marchés, les annonces de la BCE n’ont pas manqué de faire réagir instantanément les marchés boursiers. L’indice CAC 40 a gagné près d’un point supplémentaire de performance pendant la conférence de Mario Draghi (l’indice vient de franchir un point haut de six ans). Cette démonstration supplémentaire du soutien de la BCE à l’économie de la zone euro va offrir un environnement durablement favorable aux actifs risqués, plus rémunérateurs que les taux sans risque. Il est envisageable de voir la BCE orienter peu à peu son dispositif actuel vers plus d’assouplissement quantitatif dans les prochains trimestres, si l’environnement macroéconomique européen n’évolue pas dans le bons sens. Selon le « Sentiment Clients », le baromètre du sentiment des clients de CMC Markets (plus de 45.000 dans le monde, établi quotidiennement à partir de leurs positions réelles), les investisseurs sont à l’achat sur le CAC 40 et le DAX à plus de 70% (ils se positionnaient vendeurs la semaine passée), ainsi que sur le Dow Jones, le S&P 500 et le Nasdaq (« longs » à près de 85% sur les trois indices). Sur le Forex, la tendance est majoritairement vendeuse sur l’EUR/USD. La divergence clairement marquée des politiques monétaires aux Etats-Unis et en Europe (la BCE passe à l’offensive quand la Réserve Fédérale US retire progressivement son dispositif d’assouplissement quantitatif) milite en faveur de l’affaiblissement mécanique de l’euro par rapport au billet vert. L’objectif d’un Euro à moins de 1,30 USD d’ici quelques semaines est crédible. Pourtant, assez étonnamment, la valeur de la monnaie unique n’a reculé que temporairement face à celle dollar US (de 1,3600 à moins de 1,3540), avant de repartir à la hausse en fin d’après-midi. Par Judith Danan, Head of Sales de CMC Markets FranceCe commentaire présente un caractère purement informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’achat ou de vente d’instruments financiers.