Alors que la question des taux d’intérêt occupe chaque jour un peu plus de place dans la vie des marchés financiers, les médias grand public se contentent le plus souvent d’une phrase lapidaire pour présenter l’actualité du marché obligataire : « Les taux montent / Les taux baissent ».

Pourtant, les informations les plus précieuses offertes par le marché obligataire ne se trouvent pas dans la seule évolution du taux d’une obligation, mais dans la structure des taux d’intérêt associée aux différentes échéances de cette obligation.

Au-delà du graphique classique, sur lequel est représenté l’évolution d’un taux d’intérêt au fil du temps, il est donc nécessaire, pour un même actif, de compléter l’analyse par la comparaison des taux d’intérêt de ses différentes échéances de court-terme (3 mois à 2 ans), et de long terme (2 ans et au-delà).

Très plébiscitée par les professionnels des marchés financiers, la construction d’une Courbe des taux (Yield Curve) permet de comparer les taux d’intérêt d’un même actif pour chacune de ses échéances.

Comment construire une courbe des taux ?

À quelques exceptions près, les données concernant les taux d’intérêt ne sont pas simples à trouver pour un particulier. En effet, là où les professionnels de la finance peuvent accéder en quelques clics à ces informations via l’utilisation de terminaux Bloomberg, les particuliers doivent se contenter de dénicher les rares informations publiques accessibles en ligne. Pour le taux d’emprunt de l’État français par exemple, vous retrouverez les taux d’intérêt de ses différentes échéances sur le site de la Banque de France. 

Une fois les données collectées, il vous suffit alors de construire un graphique dont l’axe des abscisses représentera les différentes échéances, et dont l’axe des ordonnées représentera le niveau des taux d’intérêt (cf. graphique ci-dessous).

Source : http://www.aft.gouv.fr/documents/%7BC3BAF1F0-F068-4305-821D-B8B2BF4F9AF6%7D/publication/attachments/26482.pdf

À cette occasion, vous pourrez également déterminer la pente de la courbe des taux par le calcul de la différence entre une échéance de long terme et une échéance de court terme (généralement entre le taux à 10 ans et celui à 3 mois). Cette information vous sera utile pour analyser les anticipations des investisseurs.

Un point important, les taux d’intérêt utilisés pour construire une courbe des taux correspondent aux taux des obligations zero-coupon, c’est-à-dire aux taux de titres de créances dont les intérêts sont capitalisés, puis versés lors du remboursement du principal. Par définition, ces obligations ont donc une duration égale à leur durée de vie avant échéance (ce qui signifie dans ce cas précis que le prix d’achat de ce type d’obligations ne sera remboursé qu’à échéance, et non de manière anticipée via le versement d’intérêts intermédiaires).

Un puissant indicateur de l’état de santé de l’économie

Si plusieurs théories permettent d’expliquer la pentification généralement positive de la courbe des taux, la Théorie des anticipations reste la plus répandue. Cette dernière explique tout simplement cette pentification « normale » de la courbe des taux par la supériorité des taux de long terme par rapport aux taux de court terme.

En effet, toutes choses égales par ailleurs, plus le niveau de risque d’un placement financier est élevé, plus les investisseurs attendent un rendement élevé. Ce principe se retrouve également dans le monde obligataire. Ainsi, plus l’échéance est lointaine, plus le risque de défaut d’un émetteur obligataire est élevé, et plus le taux d’intérêt réclamé par ses créanciers est élevé.

Par ailleurs, plus les perspectives d’inflation et les prévisions de croissance économique seront élevées, plus la pente sera positive et forte car les investisseurs chercheront à compenser le risque inflationniste par l’obtention d’un taux d’intérêt plus attractif. À l’inverse, une courbe des taux décroissante correspondra le plus souvent à l’anticipation d’une récession.

La Théorie de l’habitat ou celle de la prime de liquidité est également souvent citée. La première décrit la préférence des investisseurs pour des horizons de temps avec lesquels ils sont familiers (par exemple le long terme pour les institutionnels ou pour les banques centrales souhaitant stabiliser leur taux de change via l’acquisition de devises étrangères). Quant à la seconde, l’existence d’une prime de liquidité est une extension de la théorie des anticipations, puisqu’elle s’attarde sur la préférence des investisseurs pour les échéances courtes, leur argent étant immobilisé moins longtemps, et donc investi de façon moins incertaine.

Qu’il s’agisse d’analyser la courbe des taux d’une obligation d’entreprise, ou de comparer les courbes des taux de deux États, cette approche permet d’obtenir de précieuses informations sur les anticipations d’inflation et sur la façon dont les investisseurs perçoivent le risque.

Désormais, au lieu de vous contenter de suivre l’évolution d’un taux d’intérêt, vous pourrez également analyser la pentification de la courbe des taux. Plus la pente sera positive, plus les investisseurs auront des perspectives de croissance et d’inflation élevées, et à l’inverse, plus la pente sera faible (voire négative), plus l’arrivée d’une récession sera à craindre.

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