Par Colin Cieszynski, Stratégiste pour CMC Markets Pour la plupart des événements majeurs d’une vie comme se marier, acheter une maison ou une voiture, faire un voyage, avoir un enfant, etc… il n’y a jamais un moment parfait, mais il y a un moment optimal. De même avec les banques centrales, il n’y a jamais un moment parfait pour commencer à augmenter les taux d’intérêts et trop attendre peut avoir des conséquences négatives. Pour le FOMC (Federal Open Market Committee), les signaux semblent s’accumuler pour faire de fin 2015 le moment optimal pour cette première hausse depuis une décennie. Depuis la fin de son programme QE3 en Octobre 2014, les traders spéculent sur le moment où la Fed pourrait commencer à relever ses taux. Un début d’année modéré pour l’économie US ainsi qu’une baisse de l’inflation suivant le krach du pétrole a reporté ce relèvement lors du printemps dernier. Désormais, avec des vents contraires faiblissant pour l’économie américaine, le temps du relèvement semble approcher. Le mois dernier, à la conférence de Jackson Hole, le Vice-Président du FOMC Fischer a rappelé à tout le monde que « la politique monétaire influence l’activité réelle avec un décalage important ». La règle générale pour beaucoup de banques centrales est que cela prend 12 à 18 mois à un changement de taux d’intérêt pour impacter l’économie. Il est également important pour les traders qu’ils se souviennent que les taux d’intérêt proches de zéro sont clairement sous l’inflation de base qui se situe toujours au-dessus de 1%. Un relèvement cette année poursuivrait le retrait du stimulus qui commença avec le début du « tapering » en décembre 2013. Un stimulus qui mit en place trop longtemps augmenterait les risques de formation de bulles sur les actifs et pourrait avoir des effets négatifs pour les marchés et l’économie sur le plus long terme. Les traders devraient également se souvenir que les baisses de taux, l’assouplissement quantitatif ou encore les taux d’intérêt à zéro voire négatifs sont des mesures d’urgence qui reflètent la faiblesse de l’économie. Les hausses sont quant à elles un signe de vigueur. Il y a plusieurs raisons qui suggèrent que les 3 derniers meetings de cette année 2015 seront propices à un début de relèvement des taux de la part de la Fed notamment au regard des facteurs économiques 1)Les risques de déflation diminuent Le krach du pétrole a commencé en juin 2014, accéléré fin 2014 et touché le fond, dans un premier temps, en janvier puis mars 2015. Maintenant qu’une année a passé, l’impact de cette chute se fera moins ressentir sur les prochains mois et les pressions déflationnistes vraisemblablement s’atténueront d’autant. En parallèle plusieurs indicateurs montrent une inflation supérieure à ce que les chiffres publiés pourraient suggérer. CPI (Indice des prix à la cosommation) 0.2% CPI hors alimentation et énergie 1.8% GDP price index 2.1% Real average weekly earnings 2.2% Average hourly earnings 2.2% PCE core 1.2% L’inflation devrait ainsi commencer à remonter vers l’objectif de 2% fixé par les principales banques centrales dont la Fed. M. Fischer déclara dans son récent discours « nous ne devons pas attendre que l’inflation soit de retour à 2% pour commencer à resserrer ». 2)Le risque d’inaction sur l’inflation grandit Une comparaison est possible entre cet été 2015 et celui de 1998 qui a également été témoin d’une correction de milieu de cycle sur les actions, d’une crise sur les marchés émergents et d’une chute des prix de l’énergie. A l’époque, la Fed baissa les taux d’intérêt, ce qui déclencha un rallye sur l’année qui s’ensuivit, mais aussi un bond de l’inflation. De 1,7% en septembre 1998, elle atteignit 2,3% un an plus tard et 3,8% en avril 2000. Il y a un risque croissant que si la Fed attend plus longtemps elle soit en retard sur l’inflation, ce qui la forcerait à monter ses taux de façon plus agressive par la suite pour se rattraper. 3)Le risque d’envoyer un signal négatif grandit Les taux à 0 et le QE ont été mis en place en urgence durant une crise financière majeure, celle de 2008, afin de restaurer la confiance et maintenir le système financier. Aujourd’hui, avec un marché immobilier qui se reprend, un taux de chômage à 5,1% et un PIB en croissance de 3,3% au deuxième trimestre 2015, nous en sommes à un point où le marché, au lieu d’applaudir un délai supplémentaire dans le resserrement, pourrait l’interpréter comme un signe de faiblesse. Il y a un an, des rumeurs de QE4 avaient stoppé une vente massive sur les marchés, mais les dernières rumeurs de ce type ont été accueillies avec beaucoup plus de scepticisme. Quelques témoignages en marge de la conférence de Jackson Hole ont fait part du fait qu’un certain nombre de banques centrales, particulièrement dans les marchés émergents, auraient indiqué à la Fed qu’elles sont prêtes pour un relèvement et que la Fed devrait arrêter d’attendre du fait qu’il y a tellement de supputations sur le sujet que cela en devient une distraction pour les marchés. L’inaction pourrait avoir des effets sur le long terme également. La baisse de taux panique de 1998 a déclenché une bulle massive dans les actions technologiques jusqu’en 1999 qui s’est terminée par un krach parmi les plus importants de l’histoire boursière sur un siècle. Avec le recul, la décision de la Fed en 1998 a été le point de basculement qui a déclenché le changement de statut de son Président Alan Greenspan sur la décennie suivante, passant de celui de « Maestro » à celui de « M. Bulle ». Conclusion : Après plusieurs années d'attente la Fed pourrait normaliser sa politique monéataire. Elle ne devrait à priori pas monter les taux cette semaine mais ce processus devrait prendre forme d'ici la fin de l'année. Si hausse de taux il y avait la prochaine ne devrait avoir lieu qu'en 2016. C'est d'ailleurs désormais le rythme de la normalisation plutôt que la normalisation elle-même qui intéresse les investisseurs. Suivez moi sur Twitter : @NCheron_CMC - Egalement @CMCMarkets_FR Clients et lecteurs, n’hésitez pas à nous faire des retours sur les analyses publiées, directement sur gestionclients@cmcmarkets.fr